CVPT DIrecteur de développement Mr Kone

Bonjour M. Jean Marie KONE.  Vous êtes le Directeur de développement au Centre de Valorisation Professionnelle de Tunis basé en Tunisie. 

Pourriez-vous nous en dire plus sur ce « centre et sur votre rôle envers les entreprises ?

Le Centre de Valorisation Professionnelle de Tunis (CVPT) propose des programmes Executive MBA et des certifications spécialisées. 

La direction de développement est chargée de proposer les orientations stratégiques de la formation continue en adéquation avec le contexte africain. Elle en construit le cadre extensionnel en concertation avec la direction des programmes pédagogiques. Elle conduit et coordonne la mise en œuvre des dispositifs et en évalue les résultats.

Il faut dire qu’en Afrique et dans la majorité des pays en développement, Les entreprises ne trouvent pas parmi les sortants des dispositifs d’enseignement technique et de formation continue, les profils et compétences nécessaires à leur développement étant que la pratique nécessite un progrès soutenu des connaissances techniques. L’écart ne cesse de se creuser entre offre et demande, alors qu’il y a des milliers d’emplois disponibles et non pourvus dans ces pays où le nombre de chômeurs demeure élevé.
Les Etats ont du mal à créer suffisamment de structures de formation pour répondre à la masse de jeunes qui entrent chaque année dans le système de recherche d’emploi, et les organismes de formation existants ne possèdent ni la flexibilité, ni la réactivité nécessaires pour accompagner les entreprises et artisans dans leur développement, d’où l’idée est de créer une institution privée pour répondre à cette problématique, en privilégiant des modèles pédagogiques orientés vers le couple apprenant/entreprise, et en agissant sur l’organisation des espaces de formation et les moyens pédagogiques professionnels, afin d’atteindre les objectifs d’une qualification reconnue et une embauche certaine. Les activités de ce centre s’ouvrent dans un marché vaste et prometteur qui est le marché africain.

Que vous inspire le développement du programme Executive MBA, en quoi est-il une avancée pour le secteur de la formation continue en Afrique ?

Actuellement tout le monde s’accorde à souligner l’énorme potentiel du secteur économique africain en général et des entreprises africaines en particulier. Ces enjeux font l’objet de très nombreuses publications et d’analyses très fines du profil des entrepreneurs et des spécificités organisationnelles ou liées au contexte local. 

De même les analystes soulignent que de bonnes pratiques managériales alliant performance et adaptabilité aux spécificités socioéconomiques africaines ont progressivement émergées depuis au moins 20 ans.

Sur le principe général, on passe d’une évaluation par les parties prenantes à un Executive MBA tierce partie, ce qui constitue un gage de reconnaissance important. 

Sur la reconversion professionnelle qui s’articule en trois points clés se dégagent : 

  • L’articulation forte entre l’analyse des besoins macro d’un secteur et celle des besoins individuels dans la mise en œuvre des formations elles-mêmes
  • Le déploiement d’un Executive MBA unique pour plusieurs types de programmes dont l’apprentissage, accompagnant ainsi l’élargissement du champ de la formation continue.
  • Le développement de la culture de l’évaluation et de la diffusion des résultats. 

Sur l’impact, le fonctionnement de l’organisme de formation, Mini MBA, en tant que programme de processus, va amener les acteurs à mettre sous contrôle leurs compétences professionnelles. Et à développer une démarche d’amélioration continue.

« Avec le premier programme du Mini MBA étalé en 3 mois de formation, la personne peut faire le tour des fonctions de l’entreprise comme la comptabilité et la finance, le marketing et les ressources humaines etc. voir comment elles interagissent entre elles et comprendre comment appliquer ces nouvelles connaissances dès maintenant.

Il y a aussi d’autres modèles de formation offerts, développées sur mesure pour les entreprises, en mettant de l’avant certains éléments clés du programme « Executive MBA ». Une formule qui permet aussi de rejoindre les gens en entreprise, peu importe leur parcours scolaire.

La digitalisation de l’offre de formation ne cesse d’augmenter en Afrique, encore plus depuis la récente crise sanitaire. Quelle sont les avantages et les inconvénients de ces nouveaux formats ?

Il convient de rappeler que le contexte inédit du COVID-19 et de ses conséquences à savoir, d’une part, les restrictions sanitaires et par conséquent des acteurs éloignés et dispersés, peu disponibles pour un face à face pédagogique, les organismes de formation, au nom de la continuité pédagogique, se sont naturellement mobilisés pour faire face à cette nouvelle donne et bien évidemment de façon inégale entre les organismes dont le catalogue CVPT était déjà digitalisé, possédant une culture forte de la formation ouverte et à distance et notre organisme qui a dû faire preuve de flexibilité et d’adaptabilité.

Plutôt que de parler d’avantages et/ou d’inconvénients de ces nouveaux formats, par ailleurs mis en avant par le centre, c’est surtout de révolution culturelle qu’il faut parler à moyen et long terme. Les usages, les complémentarités des modalités pédagogiques doivent être pensés et déployés selon les ambitions de développement des connaissances et des compétences. C’est un basique de la pédagogie !

La période récente a mis en lumière l’accessibilité, l’expansion et l’extension des dispositifs numériques, dans toutes les composantes de la vie, sociale, éducative, économique. Pour l’offre de formation, il ne faut pas s’y tromper. Le défi est immense. Il ne s’agit pas de digitaliser simplement le catalogue habituel mais de se réinventer, de mettre en place un nouveau modèle économique aux paramètres multiples : innovations pédagogiques, technologiques, humaines, commerciales… C’est ambitieux… mais le ton est donné !

Depuis quelques années sur le continent africain, le terme « blended learning » est sur toutes les lèvres mais peine réellement à devenir « un programme conventionnel » ; quel est l’avantage de ces formats où le distanciel ?

Le « Executive MBA » de l’avis de la majorité des praticiens et chercheurs, il n’existe pas un modèle défini de bonnes pratiques managériales africaines. Il est toutefois clair que comme partout les variables socioculturelles exercent une influence déterminante sur la performance managériale, et qu’il est donc nécessaire d’adapter les pratiques de gestion à ce contexte socioculturel. 

L’expérience asiatique, à la suite de celle des pays occidentaux, enseigne en tous cas, qu’aucune stratégie managériale ne peut être gagnante et pérenne si elle ne repose pas sur un socle social fort.   

Cette appartenance communautaire qui peut être source d’aliénation individuelle surtout pour les hauts potentiels se structure autour de pratiques solidaires sous l’égide d’une autorité individuelle paternaliste. Dans ce cadre le manager est tributaire d’une contrainte socioculturelle forte et omniprésente : la conscience qu’il peut avoir de sa personne, de sa personnalité propre lui apparaît comme un phénomène tout à fait secondaire. 

Ces contraintes sont toutefois en train d’être progressivement marginalisées surtout au sein des grandes entreprises multinationales publiques ainsi que dans certains grands groupes privés locaux.

Dans les faits, des pratiques de mixage avaient déjà été observées et ses avantages mis en avant. La combinaison des deux modes de formation élargit en effet, les modalités pédagogiques et permet de combiner ainsi les outils pédagogiques les plus adaptés pour atteindre les objectifs professionnels fixés : l’usage d’une plateforme ou d’une application de formation, synchrone ou asynchrone, mais aussi des temps de face à face pédagogique avec les formateurs en présentiel ou à distance en visioconférence.

Dès l’avènement de la crise sanitaire que nous continuons de vivre et le développement du télétravail auxquels nous assistons, le « blended learning » pourrait connaître un plus grand usage du fait des nouvelles organisations de travail. Cependant, dans ce nouveau contexte, il est à présent concurrencé par le « full digital », sans module en présentiel et surtout par le présentiel distancié ; c’est-à-dire des actions de formation réalisées en direct et à distance, au moyen d’une visioconférence, sans période asynchrone de travaux sur une plateforme ou une application.

Chez les grecs, les « pédagogues » étaient souvent des esclaves chargés de conduire les étudiants chez le « grammatiste ». Ils sont aujourd’hui définis comme des « spécialistes de l’éducation ». Selon vous, que sera le cœur de leur activité dans un siècle ? 

Oui, mais il s’agissait d’esclaves de confiance ! La confiance demeure la clé d’un acte pédagogique réussi ! Le pédagogue, tel le philosophe, peut être abordé du point de la discipline qui structure son savoir – les sciences de l’éducation par exemple – ou il peut aussi être regardé du point de vue de la finalité et des usages de son savoir : faciliter, étayer, accompagner l’acquisition, la diffusion et la transmission des savoirs et des compétences aux moyens de méthodes et pratiques variées et adaptées.

Le pédagogue de demain, selon moi, demeure le « Maître ignorant » (Jacques Rancière, 1987) : celui qui écoute, mobilise le matériau adéquat, discerne et contourne les obstacles, facilite les initiatives, nourrit par tous les canaux le désir d’apprendre. Evidemment, le numérique, l’intelligence artificielle et les avancées des sciences neuronales y joueront un grand rôle. Mais les principes et préceptes de Socrate ne seront jamais loin ! 

Vous pouvez lire cette interview sur notre site Afrikexport : Interview de Jean-Marie Koné, directeur de développement à CVPT par le quotidien le réveil .

Source: Nouveau Réveil

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